Les poules aux œufs bleus existent bel et bien, ce n’est pas un mythe. Plusieurs races pondent des œufs dont la coquille varie du bleu-vert pâle au bleu turquoise intense, notamment l’Araucana, la Cream Legbar et l’Ameraucana. Cette couleur provient d’un pigment appelé biliverdine qui se dépose sur la coquille pendant la formation de l’œuf. Vous pouvez acheter ces poules chez des éleveurs spécialisés entre 25 et 60 euros pièce selon la race et la qualité de la lignée.
Vous pensez que c’est une invention marketing ou une légende urbaine ? Je comprends votre scepticisme, moi aussi j’y croyais à peine avant de les voir de mes propres yeux. Ma femme a ramené trois poules Araucana il y a deux ans après avoir croisé un éleveur passionné au marché de Chartres, et depuis, on récolte régulièrement ces fameux œufs bleus dans notre poulailler familial. Je vais vous expliquer d’où vient cette particularité et comment distinguer les vraies races des arnaques.

D’où vient vraiment cette couleur bleue ?
La couleur bleue provient d’un pigment biliaire, la biliverdine, qui imprègne la coquille pendant sa formation dans l’oviducte de la poule. Contrairement aux œufs bruns où le pigment se dépose uniquement en surface, la biliverdine traverse toute l’épaisseur de la coquille. Si vous cassez un œuf bleu, vous verrez que l’intérieur de la coquille est aussi bleu que l’extérieur, alors qu’un œuf brun reste blanc à l’intérieur.
Cette particularité génétique nous vient d’Amérique du Sud. Les populations indigènes du Chili élevaient déjà ces poules il y a plusieurs siècles. Les conquistadors espagnols ont rapporté ces volailles en Europe au XVIe siècle, mais elles sont restées rares et méconnues pendant longtemps. Mon voisin Didier, qui élève 500 poulets fermiers par an, m’expliquait que ces races n’ont jamais été sélectionnées pour la production intensive, ce qui explique pourquoi on les trouve peu dans les élevages commerciaux.
Le gène responsable de cette coloration est dominant. Si vous croisez une poule qui pond des œufs bleus avec un coq d’une race à œufs bruns, une partie des poussins pondra des œufs verts (mélange de bleu et de brun). C’est exactement ce qui s’est passé chez nous : une de nos Araucana s’est fait couvrir par notre coq Sussex l’année dernière, et les trois poulettes issues de ce croisement nous donnent maintenant des œufs vert olive assez surprenants.
La génétique explique aussi pourquoi toutes les poules d’une même race ne produisent pas exactement la même nuance. Nos trois Araucana pondent des œufs avec des teintes différentes : l’une fait du bleu turquoise intense, la deuxième plutôt bleu-vert clair, et la troisième un bleu très pâle presque gris. Cette variation dépend de la lignée génétique et de facteurs individuels propres à chaque poule.
L’intensité de la couleur peut aussi varier selon l’âge de la poule. J’ai constaté que nos Araucana produisaient des œufs plus foncés pendant leur première année de ponte. Maintenant qu’elles ont trois ans, les œufs sont devenus légèrement plus pâles, même si la couleur bleue reste bien visible.
Cette particularité naturelle n’a rien à voir avec l’alimentation ou des manipulations artificielles, contrairement à ce que certains croient.

Les vraies races qui pondent des œufs bleus
L’Araucana représente la race originelle et la plus pure. Ces poules nous viennent du Chili, elles n’ont pas de croupion (absence des dernières vertèbres caudales) et portent souvent des touffes de plumes près des oreilles qu’on appelle des « toupets ». Mes trois poules pèsent environ 2 kg chacune, elles pondent 180 à 200 œufs par an de 55 à 60 grammes. Un éleveur de Nogent-le-Phaye que je connais fait de l’Araucana pure depuis quinze ans, il vend ses poulettes 45 euros pièce et a toujours une liste d’attente.
La Cream Legbar est une race anglaise créée dans les années 1930. Elle pond des œufs bleu ciel légèrement plus gros que l’Araucana, autour de 60 à 65 grammes. L’avantage de cette race, c’est qu’elle pond un peu plus, environ 220 œufs par an. Ma belle-sœur en a quatre dans son jardin près de Maintenon, elle me dit que ce sont d’excellentes pondeuses très régulières. Les Cream Legbar ont aussi la particularité d’être autosexables : vous pouvez différencier les mâles des femelles dès l’éclosion grâce à leur couleur.
L’Ameraucana est la version américaine standardisée de l’Araucana. Elle possède un croupion normal et pond des œufs dans les mêmes tons bleus. Pierre, mon collègue qui fait de la volaille, a testé cette race pendant deux ans. Il trouve qu’elles sont un peu plus faciles à élever que les Araucana pures, avec une meilleure rusticité et moins de problèmes de reproduction. Il les vend 35 euros la poulette prête à pondre.
D’autres races pondent des œufs dans des tons bleu-vert moins marqués. Les Marans croisées avec des Araucana donnent ce qu’on appelle des « Olive Egger », des poules qui pondent des œufs vert olive. Un éleveur de la Chambre d’Agriculture fait ce type de croisement, il obtient des teintes vraiment originales qui plaisent beaucoup sur les marchés. Ses clients achètent ces œufs autant pour la curiosité que pour la consommation.
Attention aux vendeurs peu scrupuleux qui proposent des « poules aux œufs bleus » issues de croisements hasardeux. Un ami s’est fait avoir il y a trois ans en achetant des poulettes soi-disant Araucana à 20 euros pièce. Résultat : sur six poules, une seule a pondu des œufs légèrement bleutés, les autres faisaient du beige standard. Pour être sûr d’avoir de vraies pondeuses d’œufs bleus, achetez chez un éleveur sérieux qui peut vous montrer les parents et les œufs qu’ils produisent.

Comment élever ces poules et leurs besoins spécifiques ?
Les poules aux œufs bleus ne demandent pas d’entretien particulier par rapport aux autres races. Nos trois Araucana vivent avec nos huit autres poules dans un poulailler de 12 m² avec un parcours herbeux de 150 m². Elles mangent la même alimentation que les autres : un mélange de grains (blé, maïs, orge) que je récupère de mes propres récoltes, complété par des coquilles d’huîtres broyées pour le calcium et les restes de cuisine.
Le comportement de ces poules reste tout à fait normal. Elles grattent, elles picorent, elles prennent des bains de poussière comme toutes les volailles. Ma femme trouve même qu’elles sont plus curieuses et sociables que nos Sussex ou nos Marans. Quand elle va au poulailler, les Araucana viennent directement vers elle alors que les autres restent plus méfiantes.
La ponte démarre généralement vers 5 à 6 mois d’âge. Nos poulettes ont commencé à pondre fin septembre, soit exactement 5 mois et demi après leur éclosion. Les premiers œufs étaient petits, autour de 45 grammes, puis la taille a augmenté progressivement jusqu’à stabiliser à 55-60 grammes au bout de deux mois. Didier me confirmait que c’est le rythme normal pour cette race, rien d’inhabituel.
La production d’œufs suit les saisons comme pour les autres poules. En hiver, nos Araucana pondent 2 à 3 œufs par semaine, tandis qu’au printemps et en été, on monte facilement à 5 ou 6 œufs par semaine par poule. Cette variation naturelle correspond au rythme biologique des volailles, surtout quand vous n’utilisez pas d’éclairage artificiel comme nous.
Ces races supportent bien le froid. Nos poules ont passé l’hiver dernier dehors sans problème, même lors des -8°C de février. Le poulailler n’est pas chauffé, juste bien isolé et à l’abri des courants d’air. Pierre, qui élève des Ameraucana en plein air intégral, me disait que ses volailles encaissent sans souci les hivers de notre région tant qu’elles ont un abri correct pour la nuit.
La reproduction peut poser quelques difficultés avec les Araucana pures. L’absence de croupion complique parfois l’accouplement. Notre coq Sussex n’a eu aucun mal à couvrir nos poules, mais j’ai entendu des éleveurs spécialisés expliquer qu’avec un coq Araucana, le taux de fécondation est parfois plus faible. Si vous voulez faire de la reproduction pure, mieux vaut vous renseigner auprès d’éleveurs expérimentés.

Le goût et la qualité des œufs bleus
La coquille bleue ne change absolument rien au goût de l’œuf. J’ai fait l’expérience plusieurs fois en préparant des œufs brouillés avec des œufs bleus et des œufs bruns mélangés : impossible de faire la différence à l’aveugle. Le jaune, le blanc, la texture, la saveur, tout est identique si les poules sont élevées dans les mêmes conditions et avec la même alimentation.
Ce qui influence vraiment le goût, c’est ce que mangent vos poules. Nos volailles qui picorent de l’herbe fraîche, des insectes, des vers de terre en plus de leurs grains produisent des œufs avec des jaunes orange foncé et une saveur bien plus riche que les œufs de supermarché. Ça vaut pour nos Araucana comme pour nos Sussex ou nos Marans.
La composition nutritionnelle reste également la même. Un œuf est un œuf, peu importe la couleur de sa coquille. Vous avez les mêmes protéines, les mêmes lipides, les mêmes vitamines dans un œuf bleu que dans un œuf blanc ou brun. François, mon collègue éleveur, avait fait analyser ses œufs par curiosité : aucune différence significative entre ses différentes races.
L’épaisseur de la coquille peut être légèrement supérieure sur les œufs bleus. J’ai remarqué que nos œufs d’Araucana sont un peu plus difficiles à casser que ceux de nos autres poules. Cette coquille plus solide présente un avantage pour le transport et le stockage, les œufs se cassent moins facilement quand on les manipule.
La couleur attire forcément l’œil et suscite la curiosité. Quand ma femme amène une boîte d’œufs mélangés (bleus, bruns, beiges) à des amis, tout le monde commente les œufs bleus en premier. Ça crée une discussion, ça intrigue les enfants, ça change de l’ordinaire. Pour la vente, ça peut représenter un vrai argument commercial même si le produit reste identique.
Certains consommateurs sont prêts à payer plus cher pour l’originalité. L’éleveur de Nogent-le-Phaye que je connais vend ses œufs bleus 4,50 euros les six contre 3 euros pour des œufs classiques de poules plein air. Ses clients paient la rareté et l’aspect visuel, pas une qualité supérieure qu’il est le premier à reconnaître.
Où trouver ces poules et à quel prix ?
Les éleveurs spécialisés en volailles de race représentent votre meilleure option. Vous en trouverez sur les sites spécialisés comme celui de la Société Centrale d’Aviculture de France ou dans les bourses aux volailles qui ont lieu régulièrement dans chaque région. Dans l’Eure-et-Loir, nous avons une bourse à Chartres deux fois par an, en mars et en septembre, où vous trouvez facilement des poules pondeuses d’œufs bleus.
Les prix varient selon la race et l’âge. Une poulette Araucana de 4 à 5 mois, prête à pondre, coûte entre 35 et 50 euros chez un éleveur sérieux. Les Cream Legbar sont généralement un peu plus chères, autour de 45 à 60 euros, parce qu’elles sont plus rares en France. Les Ameraucana se situent dans une fourchette intermédiaire de 30 à 45 euros.
Méfiez-vous des prix trop bas. Des poulettes à 15 ou 20 euros, ça cache souvent des croisements hasardeux ou des animaux de mauvaise qualité. L’éleveur qui m’a vendu mes trois Araucana à 40 euros pièce fait de la sélection depuis dix ans, il peut prouver la lignée de ses animaux et montrer les œufs des parents. Cette garantie justifie le prix.
Vous pouvez aussi acheter des poussins ou des œufs à couver. Des poussins d’un jour coûtent entre 5 et 8 euros, mais vous devez les élever pendant 5 à 6 mois avant qu’ils ne commencent à pondre. Pierre achète parfois des œufs fécondés à 3 euros pièce et les met sous une poule couveuse. Ça lui revient moins cher mais le taux d’éclosion n’est jamais de 100%, et vous avez environ 50% de coqs dans le lot, ce qui peut poser problème.
Les jardineries et animaleries proposent parfois ces races, mais je vous conseille la prudence. Les animaux viennent souvent de sources douteuses et vous n’avez aucune garantie sur la lignée. Ma belle-sœur avait acheté une Cream Legbar chez Jardiland, la poule a bien pondu des œufs bleus pendant un an puis s’est arrêtée complètement, alors qu’elle n’avait que 18 mois. Chez un bon éleveur, une poule pond normalement pendant 3 à 4 ans.
Les groupes Facebook et les forums d’aviculture permettent de trouver des éleveurs amateurs qui vendent leur surplus de poulettes. C’est comme ça que ma femme a trouvé nos Araucana. L’éleveur habitait à 25 km, elle a pu visiter son installation, voir les parents, discuter de son travail de sélection. Elle est repartie avec trois poulettes magnifiques et tous les conseils nécessaires.
Les arnaques à éviter autour des œufs bleus
L’arnaque la plus courante, ce sont les fausses Araucana. Certains vendeurs proposent des poules croisées en prétendant qu’elles sont de race pure. Une vraie Araucana n’a pas de croupion, présente souvent des favoris (touffes de plumes près des oreilles) et pond des œufs franchement bleus. Si le vendeur ne peut pas vous montrer ces caractéristiques sur les parents, passez votre chemin.
Les œufs teintés artificiellement existent aussi, même si c’est rare. Un collègue de la FDSEA m’a raconté qu’il avait vu sur un marché des œufs prétendument « naturellement bleus » qui dégorgeaient légèrement au toucher. Le vendeur les avait simplement trempés dans un bain coloré. Pour vérifier, cassez la coquille : un vrai œuf bleu est bleu à l’intérieur, un œuf teint reste blanc côté intérieur.
Attention aux promesses exagérées sur la ponte. Personne ne vous vendra une poule qui pond 300 œufs bleus par an, ça n’existe pas. Les meilleures Cream Legbar atteignent peut-être 240 œufs dans des conditions optimales, mais c’est déjà un maximum. Si on vous promet des performances extraordinaires, c’est probablement du baratin commercial.
Les prix anormalement élevés doivent aussi vous alerter. J’ai vu des annonces à 80 ou 100 euros pour une poulette Araucana, c’est du vol pur et simple. Ces races sont rares mais pas au point de justifier de tels tarifs. Un éleveur sérieux qui fait de la sélection vend entre 35 et 60 euros maximum, pas plus.
Certains vendeurs prétendent que les œufs bleus ont des vertus nutritionnelles supérieures ou des propriétés médicinales. C’est complètement faux et trompeur. Un œuf bleu est nutritionnellement identique à un œuf brun ou blanc. Tout vendeur qui vous raconte ce genre d’histoires cherche à vous arnaquer pour justifier un prix gonflé.
Les croisements non annoncés représentent aussi un problème. Si vous voulez des poules qui pondent des œufs vraiment bleus, assurez-vous que les deux parents sont de race pure ou au moins que la mère pond bien du bleu. Certains éleveurs peu scrupuleux croisent n’importe comment et se retrouvent avec des poules qui pondent du beige ou du vert très pâle.
Mon expérience et mes conseils pour débuter
Si vous voulez simplement avoir quelques œufs bleus pour le plaisir, commencez avec deux ou trois poules maximum. C’est ce qu’on a fait à la maison, et ça nous suffit largement. Avec trois Araucana, nous récoltons 10 à 15 œufs bleus par semaine en pleine saison, ce qui dépasse déjà notre consommation familiale. On en donne régulièrement aux voisins qui trouvent ça amusant.
Intégrez-les progressivement avec vos autres poules si vous en avez déjà. Ma femme a introduit nos Araucana en fin d’après-midi, quand les autres poules étaient déjà calmées sur leurs perchoirs. Les premiers jours, il y a eu quelques poursuites et coups de bec pour établir la hiérarchie, mais rien de grave. Au bout d’une semaine, tout le monde cohabitait normalement.
N’achetez pas de coq si vous débutez. Un coq Araucana peut coûter 30 à 40 euros, et à moins de vouloir faire de la reproduction, ça ne sert à rien. Nos poules pondent très bien sans coq, et on évite le bruit matinal qui pourrait déranger les voisins. Pierre me disait qu’il avait démarré avec un coq et qu’il l’a finalement mangé au bout de six mois parce qu’il devenait agressif.
Prévoyez un poulailler adapté à vos effectifs. Comptez au minimum 1 m² au sol par poule dans le bâtiment, plus un parcours extérieur d’au moins 10 m² par poule si possible. Nos onze poules (trois Araucana plus huit autres) vivent confortablement dans notre installation, elles ont de l’espace pour gratter et se déplacer sans stress.
Soyez patient pour les premiers œufs. Nos poulettes ont commencé à pondre à 5 mois et demi, mais j’ai des amis dont les Cream Legbar ont attendu 7 mois. Ça dépend de la saison, de l’alimentation, du stress. Ne paniquez pas si ça prend un peu de temps, tant que la poule est en bonne santé, les œufs finiront par arriver.
Si vous voulez vendre vos œufs, renseignez-vous sur la réglementation. Dans l’Eure-et-Loir, l’éleveur de Nogent-le-Phaye qui vend sur le marché a dû faire estampiller son exploitation et respecter des normes sanitaires strictes. Pour quelques œufs donnés aux voisins ou à la famille, pas de problème, mais dès que vous vendez régulièrement, vous entrez dans un cadre légal qu’il faut respecter.
Les poules aux œufs bleus ne sont donc pas un mythe, elles existent vraiment et vous pouvez facilement en élever chez vous. Nos trois Araucana nous donnent entière satisfaction depuis deux ans, elles pondent régulièrement, ne demandent pas plus de soins que les autres races, et amusent toujours autant nos invités quand ma femme sort une boîte d’œufs multicolores. Si vous aimez l’originalité et que vous avez un peu de place dans votre jardin, je vous encourage à tester ces volailles attachantes qui apporteront une touche de couleur dans votre poulailler et dans vos paniers d’œufs.

Je suis Julien, agriculteur exploitant en Eure-et-Loir depuis 15 ans. Je cultive 180 hectares de céréales et élève des vaches Charolaises sur des terres louées via plusieurs baux ruraux. Confronté chaque année aux révisions de fermage, j’ai créé ce site pour aider les fermiers à comprendre et calculer leur fermage en toute transparence. Vous trouverez aussi de nombreux conseils sur les animaux, la gestion de la ferme, la maison et même la décoration. Mon objectif : vous accompagner dans tous les aspects de la vie agricole et rurale.
